Un désert où perle le sable. Ils accomplissent leur peine, avancent au grés du vent. Une oasis comme seul espoir, les scorpions comme seule saveur. Certains plient sur le poids de la chaleur, humaine ou non, monstreuse corde autour de leur coup, d'autres rendent l'âme dans un souffle à la fendre. L'effort transcende leur corps épuisés, décharnés, perdus sur le chemin de l'Utopie. Ce doux rêve. Les contes de fées trottent dans leur tête comme une monture dont ils ont plus besoin que la vie d'autrui. Ils se détruisent, ici et là, à courrir derrière une espérance libératrice de ce labyrinthe infernal. Points de côtés, crampes et courbatures, ils connaissent la douleur et sa souffrance légendaire, oublient de mettre leurs dernières forces en commun pour franchir la dernière diagonale. Gourdes vidées, urine avalée, les moyens du bord ont chaviré et se sont échoués dans un amas de rancoeur. Aveugles impatients, haineux littéraires. Un triste échappatoire que celui de l'oubli dans lequel un seul reste coincé. Au creux du labyrinthe ensablé règne un espace vide, lisse comme la mer endormie et le ciel verni des belles nuits, tentation aspirant les enfouies précautions.. Ils s'avancent. D'abord prudemment, scrutent les parages et décident d'hurler. Hurler la Fin, la Faim qui les broie en sable. Sans s'en apercevoir, voici maintenant que nos pitoyables héros s'enfoncent peu à peu dans le sol. Nulle branche n'est présente pour se pencher souplement et les sauver, d'une couleur divine qui n'existe pas. Comme ils sont ignorants, d'hurler pour prendre conscience de l'ampleur du vide qui s'est creusé en eux au fil de la traversée. Au fur et à mesure que les résonnances s'assemblent, leurs corps se dérobent dans les entrailles de la terre sans qu'ils perçoivent un fragment d'éternelle destruction lorsqu'un jour, l'un se tut et murmura. Chuchotant l'infâme vérité, il dilata ses yeux remplis de petits grains irritants, suffoqua et perdit connaissance des êtres.
Une montre arrêta sa danse.
" Au diable les rêveurs qui
Ne tenant pas debout se lient
Des bagues aux doigts
Et si la mienne était poème
Et si la mienne était en bois
Elle était pour toi.. "
[On meurt de toi - Saez]